Palais de Justice [#2]

Limoges / Haute-Vienne / 2017

Le Palais de Justice de Limoges marque de manière solennelle l’angle de la place Winston Churchill. Sa façade composée, blanche, cubique et ouverte sur la ville, exprime un lieu régalien, de pouvoir de l’état de droit, tout en affirmant les valeurs démocratiques et d’accueil. Le parvis d’entrée forme un volume pur, abrité par la grande plaque blanche qui, comme un dais monumental, surplombe l’espace public. Les deux surfaces verticales, liées par le grand et fin porte-à-faux, laissent libre la vision sur la diagonale en arrivant depuis la place, et encadrent un fragment du ciel et la terrasse végétalisée. Le Palais de Justice, monumental et stable, « s’ouvre » au public, en créant une connexion forte entre le vide de la place, le volume du parvis et la fenêtre sur le ciel.
Le parvis donne accès directement à la salle des pas perdus. Celle-ci se déroule telle une longue galerie en double hauteur qui donne à voir en fond de perspective le jardin. Deux verrières et une bague optique scandent la progression et mettent en scène la lumière et le lointain tout en ponctuant les accès aux salles d’audiences.
Une alternance d’ombre et de lumière s’installe ainsi sur la longueur de la galerie, produisant un effet  kaléidoscopique  qui théâtralise le cheminement. Cette bague optique constituée de prismes cadre le paysage extérieur dans une fin de parcours magique. Cette percée visuelle qui traverse l’îlot de part en part est ponctuée de masses végétales, depuis la place publique en contrebas, les terrasses accessibles et le parc planté à l’arrière. Le plan général du palais est clair, fonctionnel et évolutif. Il répond au croisement des contraintes du programme, des vues et de la configuration de la parcelle. Il est issu des partitions des domaines qui relèvent du pénal et du civil, et respecte la séparation des lieux  accessibles au public ou réservés au privé. Les salles d’audience sont distribuées par la galerie des pas perdus à rez-de-chaussée. L’accès des magistrats est sécurisé en périphérie. Les bureaux sont placés aux étages supérieurs, dans un corps de bâtiment en S posé sur la galerie.
Les façades nobles, emblématiques de l’institution de la Justice, sont rythmées par un dispositif de meneaux verticaux mis en vibration par une torsion progressive. Cette torsion est née de la volonté de protéger partiellement les surfaces vitrées de l’ensoleillement direct (en particulier aux étages supérieurs des bureaux) et en même temps de la volonté d’orienter le regard vers une vue privilégiée.   Notamment sur la façade sud-est, côté prison, la surface gauche oriente le regard vers la Place Winston Churchill, en évitant la vue directe sur le mur carcéral. La matérialité poreuse et solide de ces éléments verticaux de façade emphatise, par contraste, le volume blanc et lisse du parvis. Le nouveau Palais de Justice se manifeste sur la rue de la Mauvendière à travers sa porte monumentale, en demeurant en même temps à l’échelle urbaine à laquelle il se réfère.

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