Ultra-Contextuel

Ce thème est certainement le plus important pour l’agence. Il est toujours évoqué au démarrage d’un projet et constitue généralement la clef d’entrée de toute réflexion. Il englobe toutes les facettes de l’importance que nous accordons au site :

environnementale, sociale, économique, historique, culturelle et même politique, d’où cette mention de “ultra”.

Pourquoi reparler aujourd’hui du contexte, alors que pour beaucoup cette notion est éculée, dépassée par l’accélération des techniques et par l’idée que l’on a de la maitrise et de la transformation des paysages, voire des territoires tout entiers ?

 

Les années soixante-dix1 avaient largement invoqué cette idée de contexte ou d’esprit du lieu, pour justifier une certaine forme d’urbanisme vernaculaire. Écologique avant l’heure, cet urbanisme doux s’appuyait sur les caractéristiques du site existant, sur son authenticité, pour développer des petits projets locaux intégrés aux voisinages, presque en mimétisme. Cette attitude contextuelle venait s’opposer aux planifications systématiques, parfois dévastatrices, qui, elles, procédaient2 par ruptures et affirmaient haut et fort un nouveau paysage fait de tracés fonctionnels, économiques et administratifs.

Il est évident que les choses ont radicalement changé depuis les années soixante-dix.

Pourtant, plus que jamais, c’est le moment d’évoquer le contexte car on constate tous les jours que les modes de faire la ville et de penser son urbanité sont dictés par des impératifs et des règles sociales, économiques et durables qui oublient trop souvent les réalités du terrain.

Cela peut paraître surprenant mais par exemple, pour répondre aux impératifs normés d’un écoquartier, il faut souvent prendre une distance telle avec le contexte existant que le projet urbain construit n’est plus en adéquation avec le site. Le cahier des charges et les prescriptions imposées écartent le concepteur de la réalité du terrain. On voit parfois des écoquartiers flambant neuf qui sont comme des résidences introverties, coupées du contexte général et en rupture avec le tissu existant.

Éviter les ruptures, travailler dans une forme de continuité avec la géographie et l’histoire : ce sont là des objectifs primordiaux de l’agence, objectifs que nous poursuivons sans relâche par une analyse ultra rigoureuse du contexte.

Je dis souvent aux équipes qui étudient un site qu’il faut commencer par s’y perdre afin de mieux sentir intuitivement sa force, son histoire et ses atouts. Tenter de saisir le vent humide qui remonte le vallon, la ligne étrange d’une levée de terre, l’horizon qui se courbe, des vieux assis côte-à-côte à la terrasse d’un café, les cris des enfants qui sortent de l’école, le mur courbe qui ne finit pas, des façades légèrement colorées, une petite coupole qui fait signal, les branches d’un arbre sur la rue…

Il s’agit de perdre ses repères, d’oublier la carte et d’être totalement à l’écoute, de faire confiance à ses sensations pour produire sa propre “carte” mentale afin de capter le génie du lieu.

Cette idée peut paraître3 un peu naïve au regard des enjeux techniques et économiques qui interviennent lorsque l’on part sur le terrain. Mais ce moment de rêve est de mon point de vue un temps indispensable où l’intuition prend les commandes et où apparait alors le sens caché des situations.

C’est donc souvent avec cette impression d’une visite, cette vision poétique et intuitive, que commence un projet.

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